Article paru le 04 septembre 2017, sur le site Uside.fr.

« C’était bien les vacances ? » « Oui, extra, mais ça me semble déjà tellement loin ! » La personne qui tient ces propos n’est pourtant rentrée que depuis une dizaine de jours. Dès le retour, les habitudes ont été reprises sans même s’en apercevoir comme on retrouve une vieille paire de chaussures bien faite à ses pieds. Les réunions ont été organisées sous la même forme avec les mêmes participants ; les rendez-vous se sont enchaînés, internes et externes. Bref, la routine a repris avec un agenda déjà fixé en grande partie avant le départ et qui s’est imposé comme une évidence.

Ainsi, chacun retrouve ses automatismes. Ils sont rassurants. Ils évitent d’avoir à s’interroger sur la raison pour laquelle on fait les choses. Ils sont à la fois utiles et piégeants. Routine confortable qui évite d’avoir à tout remettre en cause et qui permet d’avancer dans un sillon prétracé. Mais aussi répétition trop systématique qui n’ouvre pas à la nouveauté. Là où les automatismes sont le plus piégeant c’est dans la façon de penser, d’évaluer, de comprendre l’environnement dans lequel on évolue. Les automatismes ne font référence, par définition, qu’au passé, à l’expérience.

Si, bien souvent, ce qui se passe peut être interprété à la lumière de ce qui a été vécu auparavant, ce n’est bien sûr pas toujours le cas. Plus les automatismes sont présents, plus ils constituent une fermeture d’esprit. Nous avons tous des exemples de nouveautés auxquelles nous n’avons pas cru et qui se sont révélées être des succès ou de bonnes opportunités. Mais c’est surtout à son propre mode de fonctionnement que chaque dirigeant doit être attentif. D’autant que plus il a réussi et plus il avance en âge, plus le poids de son expérience devient une forme de carcan. En effet, le succès le conforte dans la perception selon laquelle son jugement et son intuition sont bons et qu’il a raison de s’y fier. Et l’âge conduit naturellement à préférer la continuité à la rupture et à la nouveauté. Ainsi, fort de son autorité, il réagit vite et parfois à l’emporte-pièce en fermant les possibles.

Les reprises après une prise de recul sont une occasion de cultiver son regard critique sur soi. Remise en cause utile sur ses propres pratiques, la gestion de son temps, les occasions de s’ouvrir. Pour les uns, ce pourrait être de lâcher-prise sur certains champs où si les choses ne sont pas faites comme ils le voudraient, les conséquences ne sont pas graves. Pour d’autres, prendre plus de temps pour comprendre l’évolution du monde et ce qui se fait ailleurs. Pour d’autres encore, consacrer moins de temps aux réunions.

Et après ?

Lutter contre ses automatismes c’est se mettre en risque. C’est donc indispensable mais cela s’organise : choisir des objectifs progressifs, en parler autour de soi et prendre le temps d’évaluer la mise en pratique. Le vrai risque dans le monde actuel est de se laisser aller à ses automatismes. Rester les mêmes lorsque tout change, c’est se marginaliser progressivement.