Dénonciation de supérieurs : 3 leçons à tirer du « jeu » polémique d’Amazon

Le géant du e-commerce a créé la polémique en organisant un jeu consistant à dénoncer les supérieurs qui n’appliquent pas les règles de sécurité. Un expert en qualité de vie au travail liste les faux pas à éviter à tout prix.

 

« Safety fun game », c’est le nom du jeu lancé par Amazon dans son entrepôt de Lauwin-Planque (Nord). Les règles ? « Cumulez les good points à chaque action non safety de la part d’un general manager, d’un senior ops, d’un lead ou d’un manager ».
Faire reposer sa politique de prévention des risques professionnels sur la dénonciation des cadres et agents de maîtrise qui ne respectent pas les règles de santé et de sécurité au travail, avec un cadeau à la clé…

« Une méthode contestable qui repose sur le « name and shame » », déplore Xavier Alas Luquetas, président fondateur d’Eleas, un cabinet de conseils spécialisé dans les risques psychosociaux. Une action qui s’avère être l’exemple à ne pas suivre, cas d’école pour une entreprise qui souhaite améliorer le bien-être au travail de ses salariés. L’expert tire de cette illustration trois pièges à éviter.

1-Ne pas disqualifier le message de prévention

« Quand le message est important, la manière de le faire passer ne doit pas le disqualifier,  dénonce Xavier Alas Luquetas.  Là, c’est pire, Amazon dénigre des personnes. » Et à force de voir leur nom affiché sur la place publique, « cela peut les conduire à un mal-être au travail important », met-il en garde. Par ailleurs, les dénonciations risquent d’être davantage motivées par des problèmes de personne que par le non-respect avéré des règles de sécurité.

2-Ne pas habiller d’un aspect ludique une méthode contestable

« Il y a quelque chose de pervers dans l’habillage par le jeu de cet aspect de dénonciation, dans une espèce de bienveillance apparente propre aux entreprises de la nouvelle économie qui en réalité, fait beaucoup de ravage. On peut faire du participatif sans que cela soit nocif pour une catégorie de salariés », affirme l’expert en qualité de vie au travail.

3-La direction doit prendre ses responsabilités

« Faire porter la responsabilité du respect des règles de sécurité uniquement par ses managers, c’est une façon de ne pas prendre ses responsabilités pour la direction », pointe Xavier Alas Luquetas. Et de diviser pour mieux régner, puisque le jeu oppose les cols blancs aux cols bleus. « C’est une très mauvaise idée. Pour déployer une politique de prévention, on a besoin d’une première ligne managériale solide, qui se sente soutenue. Là, c’est l’inverse », souligne le consultant.

Les conditions de travail chez le géant américain ont déjà été épinglées par le journaliste Jean-Baptiste Malet, dans En Amazonie:infiltré dans le « meilleur des mondes », en 2013.  L’auteur y compare l’entreprise au smiley à une jungle dans laquelle les agents d’exploitation logistique font un semi-marathon quotidien pour livrer les clients en cinq jours maximum.

 

Article paru sur le site BFMTV.com,
le 23/11/2017 par Rozenn Le Saint