Eh bien, dansez !

Avez-vous essayé la légèreté et l’humour dans votre management ? Les dirigeants pratiquent malheureusement davantage la dramatisation, en supposant, à tort, que la peur mobilise plus que l’enthousiasme.
Lors du congrès du Parti conservateur à Birmingham, Theresa May est arrivée sur scène en esquissant quelques pas de danse sur « Dancing Queen », célèbre tube du groupe suédois Abba. Souriante, enthousiaste et maniant l’humour et l’autodérision, elle a transmis un élan à son auditoire.

Pourtant, ces deux dernières années n’ont pas été un long fleuve tranquille pour la Première ministre britannique. Elle a dû faire face, tant dans son parti que dans ses négociations sur le Brexit, à de nombreuses épreuves, déconvenues et remises en cause personnelles. Comme toujours, ce qui reste de son intervention, c’est ce souffle transmis par sa façon d’être et son choix d’être résolument positive dans l’adversité.

Puisque tout est grave…
Cette attitude est une leçon pour nous, Français, qui utilisons plus volontiers le reproche que le compliment, la critique négative plutôt que l’encouragement. Bien souvent, les dirigeants accablés par le poids de leur responsabilité et par l’accumulation des problèmes qui leur remontent, prennent tout avec gravité, voire au tragique. Tout ce qui se passe est lourd et inquiétant. Et leurs équipes sont rarement à la hauteur de ce qu’ils attendent… Il est vrai que l’enjeu est de ne jamais se tromper et d’être irréprochable. Dès lors, puisque tout est grave, les événements et les sujets à traiter suscitent une tension particulière.

Retrouver une forme de légèreté est fondamental. Non pas la légèreté qui conduit à ne pas approfondir les sujets pour seulement les survoler, mais celle qui permet de relativiser. Surtout dans les moments difficiles, la confiance en soi collective, la mise en perspective des véritables enjeux, ainsi qu’une pointe d’humour et de distance sont particulièrement utiles pour redonner de l’élan aux équipes.

Les dirigeants pratiquent plus volontiers la dramatisation en essayant de provoquer de l’inquiétude, voire de la peur. Avec, toujours cette hypothèse sous-jacente que la peur mobilise davantage que l’enthousiasme. Nos expériences individuelles, confirmées par les études scientifiques, montrent pourtant l’inverse. Les dirigeants ont donc un travail à faire sur eux-mêmes pour transmettre de la légèreté. Pour montrer que si ce qui est fait est sérieux, pour autant cela peut être pris avec une certaine distance et sans se départir de sa bonne humeur. Et si chacun y allait de quelques pas de danse, le matin, en arrivant au bureau ?

Parue dans les Echos.fr le 15/10/2018