Démotivation et solutions

Les entreprises doivent trouver une voie pour retrouver du sens et de la cohérence interne. La vraie question n’est pas ce vers quoi il faut aller, mais comment le faire.
Je ne sais pas vous, mais, moi, j’ai toujours eu beaucoup de mal à me passionner pour les livres de management. J’ai pourtant fait une exception devant le battage médiatique autour de l’ouvrage signé d’une philosophe et d’un économiste.

Partir de deux points de vue pour croiser les regards est prometteur. Le point de départ est assez commun à tout opus sur le management : un constat du manque d’engagement et de motivation de plus en plus de salariés. Les auteurs fustigent ensuite les mauvaises pratiques liées aux modes managériaux en vogue telles que la contestation du cadre hiérarchique classique, l’injonction au bonheur au travail ou encore l’omniprésence du collectif aux dépens du travail individuel. Tout cela dans une perte de sens général. Comment ne pas être d’accord sur ce dernier point _ sans, pour autant, partager la caricature qu’ils dressent d’une entreprise dans laquelle les acteurs sont infantilisés.

Mais le vertige nous saisit devant la banalité, et surtout l’absence d’opérationnalité, des solutions proposées. Citons, par exemple, celle qui consiste à « détruire les silos dès qu’ils se forment » ou celle qui invite à « supprimer la charte éthique ou ne conserver que le courage » ou encore qui recommande de « prohiber les mails inutiles ». Ce n’est qu’un rapide florilège sur quinze propositions « pragmatiques qui découlent de l’analyse économique et philosophique… ». Les dirigeants qui liront ces propositions seront-ils vraiment frappés par leur caractère novateur et sauront-ils comment faire pour les appliquer ? Les auteurs ne donnent aucune piste sur le sujet.

Cadre de réflexion

L’ensemble des observateurs constatent que les entreprises sont à un moment de leur histoire où, traversées de contradictions, elles doivent trouver une voie pour retrouver du sens et de la cohérence interne. Mais le pire est de penser qu’une liste de solutions applicables à tous va les aider. La vraie question n’est pas ce vers quoi il faut aller ou ce qu’il faudrait faire, mais comment le faire. Comment le faire sans déstabiliser trop profondément les acteurs qui, pour beaucoup, ont trouvé une forme d’équilibre dans le fonctionnement actuel ? Et comment le faire sans casser un business model toujours fragile ? L’injonction est inutile sans réflexion sur la conduite du changement. Et c’est bien cela qui est compliqué.

L’aide à apporter aux entreprises est de leur fournir un cadre de réflexion pour construire leur propre méthode de changement de façon systémique, en prenant en compte toutes les dimensions. Faire croire qu’appliquer des solutions toutes faites va améliorer les choses revient exactement à faire ce que dénoncent les auteurs : infantiliser les acteurs et les pousser à agir sur l’un des paramètres sans aucune efficacité sur l’ensemble.

Parue dans Les Echos et les Echos.fr le 27/10/2018

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