Dans le contexte anxiogène dû à la pandémie de Covid-19, de nombreux acteurs, parmi lesquels il n’est pas toujours facile de s’y retrouver, proposent leurs services aux entreprises pour aider leurs salariés à reprendre le chemin du travail plus sereinement.

Les baromètres de santé, habituellement réalisés de façon annuelle, bénéficieront d’un suivi plus rapproché durant les mois à venir. PHILIPPE TURPIN / PHOTONONSTOP

Le marché est là. La crise sanitaire a engendré son lot d’angoisse chez les salariés : crainte d’être contaminé, risque de tensions avec les clients, peur de perdre son emploi ou d’exercer son métier dans des conditions dégradées.

Dans ce contexte particulièrement anxiogène, les prestataires – coachs, psychologues, consultants et formateurs –, dont certains n’ont pas été épargnés par la crise, sont nombreux à proposer leurs services aux entreprises pour aider leurs salariés à reprendre le chemin du travail plus sereinement. « Tous les jours, je suis assailli de nouvelles propositions ! », témoigne Jean-François Ode, directeur des ressources humaines d’Aviva France, qui se dit sceptique face à cette inflation.

Pour accompagner le redémarrage des entreprises, « les coachs sont particulièrement bien placés puisque leur spécialité est la mise en mouvement, estime Véronique Hénaff, fondatrice et dirigeante d’Avantilt et, par ailleurs, responsable pédagogique au sein de l’école de coaching HEC Paris. Du coaching d’équipe est notamment nécessaire pour recréer des collectifs solides. »

Les 780 psychologues de l’Institut d’accompagnement psychologique et de ressources (IAPR), spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux (RPS), filiale du groupe de conseils Oasys, ne chôment pas. « Un soutien psychologique est nécessaire dans cette situation inédite où tout le monde vit une situation post-traumatique », explique Aude d’Argenlieu, directrice générale d’IAPR.

« Démarche d’anticipation »
L’Institut s’adapte à la nouvelle donne. Les baromètres de santé, habituellement réalisés de façon annuelle, bénéficieront d’un suivi plus rapproché durant les mois à venir. D’autre part, la plate-forme numérique avec ses programmes de soutien (gestion du stress, relaxation…) mise en place durant le confinement va se poursuivre. « Ces programmes restent pertinents dans le temps, mais avec une évolution des sujets traités », précise Aude d’Argenlieu.
« Aujourd’hui, il est important de ne plus être dans une simple logique d’assistance aux personnes en détresse, mais dans une démarche d’anticipation », avance pour sa part Célia Badet, chargée du développement de HuCare, tout nouveau programme de prévention en matière de santé psychologique au travail mis en place par le cabinet Empreinte humaine. Le but : instaurer une culture de la sécurité psychologique dans l’entreprise.
Les formateurs ne sont pas en reste. Ainsi, Equipage Formation propose une session baptisée « Reprendre le travail en toute sérénité ». « La reprise de l’activité est l’occasion de former salariés et managers aux techniques d’écoute, de partage et de dialogue », justifie Edouard Baudry, gérant et consultant-formateur. La demande est là : « Les stages prévus avant le confinement sur les techniques de vente sont pour la plupart transformés en formations de développement personnel : gestion du stress, confiance en soi… », illustre-t-il.

L’Académie Equicoaching, spécialisée dans le team building, a conçu une approche en cinq modules, spécifiquement adaptée pour les équipes impactées par la crise due au coronavirus, avec des chevaux comme partenaires à part entière de la formation. Pour l’occasion, des exercices spécifiquement orientés sur la résilience collective et la gestion postcrise ont été élaborés.
Psychologues, coachs, formateurs, consultants… Il n’est pas toujours facile pour les entreprises de se repérer dans cette profusion d’acteurs. Aviva a fait le choix de rester fidèle à son prestataire habituel, Qualisocial, et a mobilisé ses onze coachs internes. « Le lien de confiance est fondamental et il se bâtit au fil des années », explique Jean-François Ode.

Le temps de la réflexion
Dans un contexte où les besoins sont particulièrement importants, Aude d’Argenlieu estime que tout le monde a sa place : « Face à des démarches variées de la part de prestataires, les entreprises doivent être en mesure de cerner l’offre nécessaire selon leurs objectifs : assurer un soutien psychologique aux salariés, accompagner un changement d’organisation du travail, identifier des situations à risques… »

Véronique Hénaff ne constate pas de demande massive de la part des entreprises. « Pour le moment, elles restent concentrées sur les aspects sanitaires. Il est encore trop tôt, peut-être la demande d’accompagnement repartira-t-elle au mois de septembre ou en fin d’année », espère-t-elle, tout en ayant conscience que les prestataires servent de variables d’ajustement en temps de crise.

« Beaucoup d’entreprises n’ont mis en place une ligne d’écoute que pour une durée de trois mois. Pour le moment, peu d’entre elles ont manifesté le souhait de pérenniser le dispositif », regrette Emmanuel Charlot, secrétaire général de la Fédération des intervenants en risques psychosociaux (Firps) et directeur de Stimulus et Psya. Pourtant, « prévenir les facteurs de RPS est moins coûteux que de devoir les prendre en charge ultérieurement », avertit Célia Badet.

François Cochet, président de la Firps et directeur de l’activité RPS chez Secafi, invite quant à lui les entreprises à prendre le temps de la réflexion pour faire leur choix. « Agir dans l’urgence multiplie les risques de tomber sur des prestataires moins soucieux d’éthique. La première chose à faire avant de choisir un intervenant est de s’assurer qu’il respecte les règles de déontologie, telles que la confidentialité et la sécurité des données dans le cas de la mise en place de numéros verts. Il est d’autre part fondamental d’associer les représentants du personnel via la commission santé, sécurité et conditions du travail du CSE [comité social et économique]. Enfin, il est nécessaire de s’accorder du temps. » L’urgence n’est jamais bonne conseillère.

Les chiffres
45 %
C’est la hausse du nombre d’appels enregistrée depuis la mi-mars par les membres de la Fédération des intervenants en risques psychosociaux (Firps), sur leurs dispositifs d’assistance psychologique à distance.

42 %
des salariés se déclaraient en détresse psychologique, durant la semaine du 20 mai au 29 mai, contre 47 % dans la semaine du 15 au 22 avril, indique une étude OpinionWay pour le cabinet de conseil en qualité de vie au travail Empreinte humaine.

Source : Article de Myriam DUBERTRAND, Le Monde, paru le 10/06/2020, sur le site Le Monde.fr

 

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