Entre fatalisme et lassitude, les entreprises se préparent à repasser au « télétravail généralisé », prescrit par Emmanuel Macron dans son allocution télévisée mercredi.

Entre fatalisme et lassitude, les entreprises se préparent à repasser au « télétravail généralisé », prescrit par Emmanuel Macron dans son allocution télévisée mercredi.
Le télétravail massif est de retour. Avec une différence de taille, toutefois : les écoles continueront d’accueillir les enfants. « C’est un point majeur », observe François Cochet, du cabinet Secafi, qui conseille les représentants du personnel. « Pour ceux contraints de télétravailler cinq jours sur cinq avec les enfants dans les pattes, le confinement de mars à mai a été une sorte de cauchemar qu’ils ne veulent pas revivre ».

Autre différence : les entreprises ont désormais une expérience concrète du télétravail généralisé. Les salariés ont appris à se servir d’outils comme Zoom ou Teams, pour garder le contact avec les équipes.

Reste la lassitude, après 55 jours d’un premier confinement. Laurent Lévy, directeur général d’une entreprise de 200 salariés, Freelance.com, qui met en relation des indépendants et de grandes entreprises, raconte que « ça fait des semaines qu’on se bat pour faire comprendre aux équipes qu’on doit se limiter à deux jours par semaine de télétravail. Et là, on va devoir rebasculer tout le monde à 100 % en télétravail ».

« Le présentiel est important pour garder une dynamique »
« Le présentiel est très important pour garder une dynamique », estime-t-il. « Ça va mettre un coup de frein aux activités qu’on essayait de relancer en interne ». « Le télétravail a mis au jour la fracture sociale entre ceux qui avaient de bonnes conditions à leur domicile et ceux qui vivent à l’étroit », observe Isabelle Calvez, DRH chez Suez. L’entreprise va inciter ses salariés du siège à repasser en télétravail cinq jours sur cinq mais avec « plus de souplesse et de tolérance. On va laisser la tour de La Défense ouverte, et on prévoit d’accueillir 10 à 15 % des salariés », dit-elle. Suez est en train de finaliser un accord autorisant jusqu’à deux jours de télétravail par semaine. « Deux jours, ça nous paraît le bon équilibre pour maintenir le lien entre les équipes », dit-elle.

700 accords d’entreprise signés
Près de 700 accords d’entreprises sur le télétravail ont été signés entre le 1er janvier et le 10 septembre. « Le télétravail cinq jours sur cinq est une anomalie. Au-delà de deux à trois jours par semaine, on risque la coupure d’avec l’entreprise », met en garde François Cochet. Selon lui, son principal attrait, « ce sont les transports. La personne qui habite à 1 h 30 de son travail y gagne beaucoup et aura tendance à gommer les inconvénients, si bien qu’il y aura une dissimulation des risques : isolement, perte de compétence », observe-t-il.

« Il faudra être d’autant plus attentif si le télétravail devait se prolonger dans la durée. On risque une dérive lente : le salarié se verra proposer des tâches faciles, il n’aura plus accès aux tâches les plus complexes, il risque une déqualification et le jour venu, c’est son poste qui sera supprimé le premier. »

Source : Le Télégramme – 29/10/2020